Aller au contenu principal
aller directement au contenu
13 Décembre 2013

MULTICULTURALISME ET RELATIVISME PAR BARBARA CASSIN ET VINCIANE DESPRET

Qu’est-ce que le multiculturalisme ? À quelle réalité cette notion complexe censée rendre compte de la diversité culturelle dans nos sociétés démocratiques contemporaines se réfère-t-elle ? Nos représentations de la culture, de l'identité, de la nation, ou de la citoyenneté, au coeur du multiculturalisme, sont en perpétuelle redéfinition. Cette première séance du cycle « Le multiculturalisme en questions : compliquer l'universel » fixe le sens et les limites de ce concept.

CC april-mo / Flickr

 

« L’approche multikulti a échoué, complètement échoué » disait Angela Merkel en 2010. Pourtant, que « plusieurs cultures coexistent dans une société ou un pays », puisque telle est la définition que le Larousse donne du multiculturalisme, n’est pas une idée mais un fait. Il y a des cultures, comme il y a des langues. Il s’agit de savoir ce qu’on fait avec ce fait, quelle valeur on lui donne, comment on le fait jouer, comment on le travaille. À quel moment une culture est-elle perçue comme autre, et qu’est-ce d’ailleurs qu’une culture ?
Les questions posées par le multiculturalisme sont lourdes, y compris philosophiquement. Et les réponses sont graves, y compris politiquement. Communautarismes, assimilations, intégrations, replis identitaires, discriminations : entre globalisation et nationalisme, il arrive que les idéologies se brouillent et les fronts se renversent. Qui sommes-nous ? Qui sont les autres ? Vouloir les différences et faire du commun, penser ensemble le même et l’autre, les identités et les différences, ne pas cesser de les redéfinir, de les faire interagir : c’est peut-être la plus ancienne quadrature du cercle démocratique, c’est en tout cas l’un des problèmes les plus aigus, à l’échelle de la France, de l’Europe et du monde. Au fondement des difficultés à penser le multiculturalisme, se trouve la conception que l’on se fait de l’universel. Les polémiques les plus violentes me paraissent souvent pouvoir se réduire à une proposition comme : mon universel est plus universel que le vôtre. Je voudrais prendre appui sur la sophistique, que la grande tradition philosophique repousse comme relativiste, et sur la pratique de la traduction, qui est peut-être aujourd’hui l’un des meilleurs paradigmes pour les sciences humaines, pour compliquer l’universel, le mettre en question, en questions. Telle est peut-être, d’ailleurs, la tâche d’une femme-philosophe, pour autant que le terme ne fasse plus oxymore.

 

Barbara Cassin, philosophe, dialogue avec Vinciane Despret, philosophe et ethnopsychologue.

 

 

Pour aller plus loin...

 


 

 

Continuezavec les dossiers les plus commentés

Gilles Fournier,
Samedi 8 Février 2014 à 09h10

Quelqu'un comprend il le cadrage effectué par madame Cassin au début de la conférence...Mais qu'entend elle vraiment par aménagement de l'universel ? Et ne pourrait elle pas au préalable définir ce qu'elle tente de circonscrire sous ce terme avant de gloser indéfiniment dans le but, visiblement, de placer des références prestigieuses , certes, mais qui font plaquées sur le propos (Aristote, Platon etc..). Je trouve le propos d'une très grande cuistrerie et il n'apprend rien sur le problème du relativisme ou du multiculturalisme. Misère des intellectuels français.

marie,
Mardi 17 Décembre 2013 à 20h11

Bonjour, Les deux autres conférences de ce cycle vont-elles être mises en ligne ? Bien cordialement, Marie T.

Carles @ marie,
Mercredi 18 Décembre 2013 à 11h26

Bonjour, oui, elles seront mises en ligne juste après les enregistrements, bien à vous

J. Grau,
Dimanche 15 Décembre 2013 à 13h42

Bonjour. Ce message s'adresse en priorité à Barbara Cassin. Madame, Je vous remercie pour ces conférences et ce débat très intéressants. Et puisqu’il est question de relativisme, vous me permettrez de tenir ici un discours qui relativise quelque peu le vôtre… Vous dites à un monsieur qui vous interroge sur l’universalité de l’égalité hommes-femmes que vous comprenez très bien que votre point de vue sur l'universel puisse sembler intenable. Il me semble en effet que votre relativisme aboutit à des contradictions. Sans doute est-il un outil précieux pour mettre en question les préjugés ethnocentriques, sexistes, etc. Mais il ne peut être, à mon sens, qu'un moment transitoire de la pensée. Protagoras, dont vous paraissez très proche, dit d’après Platon que toutes les opinions ne se valent pas, car certaines sont meilleures pour telle situation précise. Il n'y aurait donc pas à distinguer entre le Vrai et le Faux, ni même entre le Bien et le Mal, mais entre ce qui est moins bon et ce qui est meilleur pour une personne, une cité, etc. dans un contexte donné. Cette thèse est intéressante, mais elle se heurte à une série d'objections. 1. Toute phrase dont le verbe principal est à l'indicatif se présente implicitement comme vraie. Dire : "François Hollande est actuellement le président de la République française" revient à dire : "Il est vrai que François Hollande est ... etc.". Donc, dire : "Il n'y a pas d'opinion vraie ou d'opinion fausse, mais seulement des opinions moins bonnes que d'autres", cela revient à dire : "Il est VRAI qu'il n'y a pas d'opinion vraie, etc." 2. Les « sages », ceux qui donnent les meilleures opinions, peuvent être contredits par d’autres hommes, qui peuvent justement leur contester l’appellation de « sages ». Les sophistes, par exemple, sont des sages autoproclamés, et des gens très intelligents (comme Socrate et Platon) ont mis en question leur prétendue sagesse. D’ailleurs, même les sophistes entre eux n’étaient pas tous d’accord sur tout, me semble-t-il. Se pose alors la question : « Qui a raison ? ». Ainsi, la question de la vérité, qu’on avait voulu éliminer, ressurgit inévitablement. 3. Un moyen de reconnaître les sages, c’est de s’assurer qu’ils ont un savoir sur ce dont ils parlent. Et pour ce faire, un des moyens les plus courants consiste à confronter ce qu’ils disent avec la réalité présente, passée ou future. Si un homme politique dit : « Déclenchons une nouvelle guerre contre Sparte, et notre cité deviendra plus puissante », et si le peuple est convaincu par ce discours, il pourra vérifier empiriquement si l’homme politique avait ou non raison. Les faits confirmeront ou infirmeront cette prédiction. Il en de même dans d’autres domaines. On peut reconnaître la supériorité d’un agriculteur dans le domaine qui est le sien par le fait que ce qu’il dit des plantes qu’il cultive est dans une large mesure vérifiable. Si son opinion est meilleure, c’est aussi parce qu’elle correspond mieux à la réalité empirique. Il est donc probable qu’elle est aussi plus vraie. Naturellement, j’ai conscience que les choses sont un peu plus compliquées, et que la coïncidence entre une théorie et un fait empirique ne prouve pas nécessairement que celle-ci est vraie. Je voulais seulement montrer que le simple fait de faire confiance en la « sagesse » d’une personne revient à penser qu’elle connaît mieux la vérité – dans un certain domaine, en tout cas – que la plupart des gens. En espérant n’avoir pas commis trop de sophismes, je vous salue bien cordialement. Jordi Grau

ophaniel,
Dimanche 15 Décembre 2013 à 09h43

Est-il normal que la conférence soit interrompue toutes les 5 minutes par une publicité - est-ce respectueux des conférencières et des auditeurs - ou se fout-on royalement, démocratiquement, anarchiquement - de la gueule du monde ?